Piratage des sites de la Présidence et de la Banque centrale : démêlons le vrai du faux !
Hier samedi 18 octobre 2025, des allégations ont circulé sur les réseaux sociaux, selon lesquelles, un chercheur en sécurité informatique aurait mis hors ligne le site officiel de la présidence de la République, afin de démontrer une faille de sécurité. Une initiative au bout de laquelle, il aurait informé les médias sur la vulnérabilité de ce site, tout comme celui de la Banque centrale auquel, il aurait également été réservé le même sort.
Des informations qui soulèvent des questions éthiques, techniques et légales pour lesquelles il est nécessaire de prendre du recul.
Quelle démarche adopterait un chercheur dans cette situation ?
La recherche en sécurité informatique repose sur des principes éthiques et déontologiques stricts. Dans le cas où un chercheur identifie une vulnérabilité quelconque, il se doit de la documenter et en informer le propriétaire du système auquel il se rapporte afin d’adopter des mesures correctives. La pédagogie dans ce domaine ne consiste pas à provoquer des interruptions ou des dommages, mais à sensibiliser aux risques et à renforcer la sécurité des systèmes.
Ce qui est étrange dans ce qui est rapporté depuis hier, est que l’intéressé qui aurait contacté le média, revendique la paternité de l’interruption du service. Mettre intentionnellement un site hors ligne dans le but de démontrer une faille constitue une violation flagrante de ces principes et ne peut être assimilé à une démarche scientifique ou éducative.
Il s’agit d’un acte délibéré qui porte atteinte à l’intégrité et à la disponibilité d’un système d’information, mettant potentiellement en danger les utilisateurs et compromettant la confiance dans l’infrastructure numérique.
Pour vous donner un cas plus précis, Fredrik Nordberg Almroth, un nom bien connu dans le milieu, détecte en 2020, une irrégularité sur le site de l’opérateur public SCPT (Société Congolaise des Postes et Télécommunications) qui, si elle était exploitée, aurait permis à des personnes mal intentionnées de contrôler les noms de domaines en .CD
Pour éviter que cela n’arrive, il prend des mesures préventives pour sécuriser le site et en informe immédiatement la SCPT. Ce n’est que bien plus tard, lorsque tout rentrera dans l’ordre qu’il rédigea un article pour relater l’incident.
Les débuts d’exploitation du domaine CD par la SCPT ne sont pas faits sans couacs. Toujours en 2020, de nombreux sites étaient devenus indisponibles suite à des problèmes techniques récurrents. Cela avait poussé l’association des médias en ligne de monter au créneau.
Le PNUD a même dû y renoncer pour obtenir un domaine en .ORG
Des problèmes d’indisponibilités qui ont également affecté le site de la Présidence sans qu’il n’ait été l’objet d’une attaque ciblée.
Je ne connaissais personnellement aucun webmaster à Kinshasa qui enviait d’acheter ce domaine à l’époque, premièrement pour son coût et en second pour son instabilité.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Une meilleure prise en main a été faite. L’indisponibilité devait être comblée entre autre par une redondance sur un segment de la fibre reliant Brazzaville et un réseau (Enicast) de 200 serveurs disséminés à travers le monde. Depuis, rien ne permet de préciser si la SCPT a fait les ajustements complémentaires nécessaires pour résorber ce problème.
Piratage de la Présidence : un air de déjà vu
Ce n’est pas la première fois que le site de la présidence connaisse une interruption de service. Déjà en 2012, à la veille du Sommet de la Francophonie, le site était vérolé et faisait se télécharger un cheval de Troyes sur les machines, ce qui ne plaisait pas à Avast qui en empêchait l’accès. Ce qui est fréquent quand on utilise des templates crackés.
Puis, plusieurs mises hors service ont suivi, notamment au plus fort de l’activisme politique numérique anti-régime puis, peu avant les élections de 2018. En 2019, le site avait même était suspendu pour défaut de paiement.
Le plus récent cas confirmé comme étant un piratage remonte à mai 2021.
/image%2F1618855%2F20251019%2Fob_39957d_image-1618855-20210517-ob-116b72-hacke.jpeg)
Pour affirmer que le site de la Présidence ou de la Banque centrale a réellement été la cible d’une attaque, pourquoi ledit chercheur n’a pas fourni des détails techniques précis pour étayer son affirmation, comme des logs serveurs par exemple, une capture d’écran ou une analyse forensic qui prouverait l’intrusion comme ce fut le cas pour l’Université Catholique de Bukavu en 2018 ?
/image%2F1618855%2F20251019%2Fob_d74440_piratage-ucb1.jpg)
Au vu de tout cela, je pense que les problèmes techniques et les vulnérabilités historiques de la SCPT peuvent expliquer l’indisponibilité du site de la Présidence. Documentant le sujet depuis des années, mon analyse ne laisse la place qu’à un seul scénario logique : celui que le piratage présumé n’a simplement jamais eu lieu.
/image%2F1618855%2F20180821%2Fob_a2ad3e_drapeau-rdc-a.jpg)