Ce que personne ne devait voir
Depuis quelques jours, une altercation entre un automobiliste sur le boulevard du trente juin à Kinshasa et des policiers de la circulation fait couler de l’encre sur les réseaux sociaux. Et pour cause, la scène filmée décrit ce qui semble s’apparenter à de la corruption stimulée par les policiers qui, faute de n’avoir pas su trouver d’éléments à charge contre le conducteur, ont mis en avant des infractions fictives pour lui soutirer de l’argent.
Une pratique interdite par la hiérarchie de la Police et qui met en exergue la discipline des forces de l’ordre dont le manque d’efficacité et les tracasseries sont régulièrement mis en avant dans l’opinion publique.
La séquence qui dure près de neuf minutes, a fait le tour des réseaux sociaux et suscité un appel à l’interpellation de ses agents. Mais un fait plus distinctif passe inaperçu. De coutume, les policiers se montrent prudents lorsqu’ils savent être filmés par un téléphone. Mais ici, ils ont persisté dans leurs manœuvres sans retenue. La raison est simple : ils n’avaient pas conscience d’être enregistrés.
En regardant de près les séquences, on aperçoit même une scène au cours de laquelle, l’automobiliste furieux, agite ses deux mains, montrant à l’un des agents qui s’était introduit dans son véhicule, les documents de son véhicule et de son rendez-vous. Il ne tenait donc pas un téléphone entre les mains pour filmer.
Un outil anodin mais discret
Après plusieurs, il s’est avéré que ce n’était pas un téléphone qui a capturé toute cette séquence ….. mais des lunettes. En effet, le conducteur disposait de lunettes qui lui ont permis d’enregistrer discrètement l’altercation, sans que les policiers ne s’en rendent compte, livrant des détails sur leur mode opératoire (mode d’extorsion). Après plusieurs recoupements, je suis arrivé à déterminer qu’il y a de fortes probabilités qu’il s’agisse de lunettes Ray Ban Meta.
Si le téléphone était jusque-là considéré comme le seul outil susceptible de constituer une brèche de sécurité dans un environnement sensible ou confidentiel, cette affaire montre que les lunettes connectées sont désormais les nouveaux gadgets qui constitueront une potentielle menace dans les sites sensibles. La présence de caméra, circuit, batterie et micro peuvent passer inaperçus s’ils ne passent pas via des portiques de sécurité que ne possèdent que certaines banques, les ambassades et d’autres sites stratégiques.
Dans un pays comme le nôtre, où les enjeux de souveraineté et de protection des données sont cruciaux, l’usage non encadré de ces dispositifs peut poser des risques majeurs. Je me demande bien à quoi ressembleront les futures réunions politiques ou stratégiques, avec ce genre de gadget dans la nature.
Au-delà de l’indignation suscitée par cette énième tracasserie, cet incident il met en lumière l’émergence d’une nouvelle génération de gadgets capables de bouleverser les règles de la sécurité publique. Les lunettes connectées, en permettant une captation invisible, imposent désormais de réfléchir à un cadre réglementaire adapté pour protéger les espaces sensibles et anticiper les menaces d’un monde où la technologie se fait de plus en plus invisible.
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