Elles ont contredit tout ce qu'on croit sur les filles et les jeux vidéo
Dans nos quartiers de Kinshasa en RDC, le terme PLAY, ne signifie pas simplement JOUER, mais désigne spécifiquement jouer aux jeux vidéo. Dérivé de la PlayStation, la console la plus populaire au Congo, il est également le synonyme pour les adultes, de loisirs non instructifs et peut souvent, avoir une connotation péjorative dans certaines familles. Alors PlayStation, Nintendo, Xbox, pour tous les Kinois lambda, ce sont des Play. Un truc de gamins. Un passe-temps de garçons qui n’ont rien d’autre à faire. Rien de sérieux, rien de productif, rien qui mène quelque part.
Sauf que....
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Tout a commencé autour d'un Tournoi dénommé BOMOKO (Unité en Lingala) avec une compétition e-sport et un trophée au bout.
Cela allait dans le sens d’une activité plus large, en lien avec la Journée internationale des droits des femmes, impliquant outre, la sensibilisation sur les violences basées sur le Genre en milieu scolaire, une compétition de football, parrainés par la MONUSCO (à travers son Bureau d'Information Publique), la Police des Nations Unies (UNPOL) et la Hungry Warrior Academy du Canada.
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Sur les 154 filles présentes, une dizaine se sont inscrites au tournoi de jeux vidéo. Toutes des joueuses occasionnelles. Toutes sauf une, Zena Atubuna. C’était la première fois qu’elle touchait à une console. En face d’elle : des filles plus aguerries, des garçons impatients et parfois un peu moqueurs sur les capacités des filles à se mesurer à eux dans cette discipline très masculinisée. Elles ont eu toutes, un temps d’échauffement. Question de se familiariser avec les manettes et les réglages de la PlayStation 5.
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Alors que le stadium de football à côté, vibrait au rythme des équipes qui se disputaient la couronne du football et que d’autres s’exerçaient en fitness, Zena, contre toute attente, se hisse en finale contre Ursule.
Deux profils différents devant une discipline qui occulte leur présence pour des questions de genre. Zena, 15 ans, élève de première commerciale au Groupe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II et Marina Nliesela, 16 ans, élève en aviation civile, joueuse occasionnelle. Pourtant, après une partie disputée, elle perd devant Zena qui remporte la partie et donc…..la compétition.
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À ce moment-là, Zena n’a pas seulement remporté un trophée. Elle a découvert une nouvelle trajectoire professionnelle réelle. Et c’est là que le sujet devient intéressant, parce que c’est là où beaucoup d’entre nous, adultes et décideurs, n’avons pas encore mis notre regard.
L’e-sport, c’est du STEM qui ne dit pas son nom.
On parle beaucoup de STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Mathématiques) comme de la grande priorité pour les jeunes filles africaines. On organise des journées, des panels, on accorde des bourses. Et c’est juste.
Mais on oublie souvent de dire que l’e-sport, joué sous un angle professionnel, accompagné, encadré, mobilise exactement ces compétences : la logique, la prise de décision sous pression, l’analyse de données en temps réel et une disposition naturelle à s'orienter vers le numérique.
Posez la question à ceux qui possèdent des consoles de jeux à Kinshasa, s'ils n'ont jamais mis les pieds chez un réparateur, au coin de la rue ou au marché Gambela (le royaume des consoles de tout genre) ou chez le fameux (José de Jésus) un réparateur de consoles, probablement le plus connu dans le milieu. Lui ou ses confrères ouvre la Playstation avec un tournevis, sort le lecteur, souffle dessus et explique avec assurance que le disque dur est bousillé ou que le lecteur doit être nettoyé avec un produit spécial. Qui n'a pas passé plusieurs heures à déchiffrer un message sur l'écran (mise à jour, code système, directives ou alertes) jusqu'à trouver la solution par déduction ?
Beaucoup ont appris leurs premiers mots d'anglais sur Mortal Kombat, Tekken ou FIFA, bien au-delà de (Oh my godness).
Le Gamer lambda a donc une compréhension logique plus affirmée. Prend des décisions sous pression, analyse des données en temps réel et est plus versé dans le domaine du numérique que d'autres.
Pour une génération qui a grandi le smartphone à la main, c’est la porte d’entrée la plus naturelle vers le numérique professionnel. J’en suis moi-même l’exemple vivant. Après avoir passé des années à jouer, je suis passé de l’autre côté de la manette pour me mettre à développer des jeux vidéo. De ce fait, coder, monter une vidéo ou un son, sont des compétences spécifiques que j’applique à cette tâche.
Aujourd’hui, plus de 300 universités aux États-Unis et en Europe ont intégré l’e-sport dans leurs cursus académiques, en business, management, marketing et entrepreneuriat.
Ce n’est donc plus une curiosité exotique que l’on tolèrerait comme un loisir pour jeunes. C’est une filière. Avec des professeurs, des diplômes, et des débouchés. Et plusieurs de ces universités ont compris que le secteur ne se construira pas équitablement sans les femmes : l’University of Roehampton à Londres a créé une bourse Women in Esports de £2 000 par an. Intel finance des bourses WomenIn pour les femmes qui veulent faire de l’industrie du jeu leur carrière. Le Girls Make Games Scholarship Fund, soutenu par Sony et Take-Two Interactive, offre jusqu’à 10 000 dollars par lauréate.
Ces portes existent. Elles sont ouvertes. Il faut juste savoir qu’elles sont là.
Un engagement concret pour Zena
Sous l’encadrement du Complexe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II et avec l’accord de ses parents, le chapitre YALI a pris l’engagement d’accompagner Zena sur trois ans, en lui fournissant du temps de jeu qui soit documenté et progressif, un parcours de progression traçable et une formation en anglais adaptée à son profil.
Ces éléments sont nécessaires pour qu’à 18 ans, elle ait un dossier solide et crédible, et les prérequis pour postuler à ces bourses internationales.
Parce que l’e-sport n’est pas une activité périphérique. C’est un écosystème économique complet, avec des athlètes professionnels, des data analystes, des managers, des techniciens, des créateurs de contenu. Un secteur à 1,8 milliard de dollars de revenus mondiaux annuels qui a structurellement besoin de femmes comme Zena pour se construire avec équité.
Le leadership féminin ne se décrète pas dans les discours du 8 mars. Il se construit dans les espaces concrets où on dit à une jeune fille de 15 ans : tu peux jouer, tu peux gagner, et ce que tu apprends ici peut t’emmener très loin.
Zena a gagné un trophée ce 14 mars. Nous avons tous gagné un exemple.
Et ce n’est peut-être que le tout premier chapitre.
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