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par Trésor Kalonji

Télécoms, mobile money, IA : le bond spectaculaire (et risqué) de la RDC

16 Février 2026 , Rédigé par TDK

Trois ans avant l’an 2000, l’état des télécommunications en RDC n’était pas reluisant. La communication était encore un luxe réservé à une poignée de personnes fortunées. Telecel, le principal réseau de téléphonie mobile de l’époque était un véritable «  réseau social » car pour y avoir accès, il fallait être parrainé par un autre abonné. Avec une moyenne de 2500 dollars de frais, la téléphonie mobile était un véritable luxe réservé à des privilégiés. Le pays avait une moyenne de 3 abonnés mobiles pour 10 000 habitants.

Pour la téléphonie fixe, la densité d’utilisateurs était légèrement plus élevée avec des coûts, relativement abordables pour la classe moyenne. Mais les défaillances de l’opérateur public de l’époque (OCPT) avaient rendu de nombreuses lignes défectueuses. Je me rappelle encore de ces agents qui trafiquaient la ligne au début des années 90, puis venaient frapper à notre porte, prétextant une panne qu’il fallait réparer pour avoir de la tonalité. (Pas différent de ce qui se fait aujourd’hui avec l’énergie électrique).

Malgré ce handicap, le pays a fait un énorme bon avant avec l’entrée de la technologie GSM et d’opérateurs comme Celtel, ancêtre d’Airtel, et Oasis (devenu Tigo puis Orange). En quelques années, un bond spectaculaire a fait passer la RDC de pays moins avancé en matière de pénétration téléphonique, à celui de poids lourd. De 15 000 abonnés en 1999, le pays a atteint son 1er million d’utilisateurs en 2003, après l’entrée sur le marché de l’opérateur Vodacom. Entre 2000 et 2010, le nombre d’abonnés a été multiplié par 800, passant de 0,03 % à 23 % de la population globale.

C’est bien mais…..

Le Congo n’a pas simplement « grandi vite » : il a sauté plusieurs étapes structurelles du développement des télécommunications telles qu’elles se sont déroulées ailleurs : sans backbone national, sans régulation ni cadre juridique.

Le marché a explosé avant que la loi n’en trace les contours. La téléphonie fixe aurait dû d’abord être consolidée pour permettre au mobile de s’appuyer sur lui pour prendre son élan. Chez nous, le mobile a totalement effacé le fixe. Le marché des télécommunications s’est développé de lui-même, en brouillon. Cela a créé des inégalités : zones rurales mal couvertes, qualité de service inégale et coûts élevés des forfaits.

Dans certaines localités, la couverture ne permet même pas l’accès à la 2G. L’électricité instable ou inexistante oblige les opérateurs télécoms à installer des générateurs ou des solutions solaires pour alimenter les antennes, ce qui augmente les charges d’exploitation. L’absence d’infrastructures partagées, oblige les entreprises à financer elles-mêmes les constructions des sites, la sécurité et la maintenance.

Certaines charges logistiques sont importantes suite aux difficultés d’accès (routes impraticables, accès uniquement par avion, coût de construction exorbitant avec un sac de ciment qui vaut la moitié du SMIG). Et avec tout cela, et malgré toutes ces conditions, les charges fiscales elles, sont suffisamment dissuasives pour pousser les opérateurs à n’investir que là où ça rapporte vraiment, parfois, en sacrifiant la qualité du service.

Quand j’entends certains acteurs de la société civile faire des comparaisons entre le coût de l’Internet en RDC et dans d’autres pays, je me demande souvent s’ils en connaissent les causes profondes.

Les banques : l’autre mauvais exemple

Les opérateurs téléphoniques ont démocratisé le paiement mobile, et ainsi, rendu accessible, l’accès aux services financiers dans un pays où, le taux de bancarisation est très limité.

Pour faire simple, depuis la création de la première banque dans le pays en 1909, le secteur bancaire classique n’a pu créer que deux millions d’usagers jusqu’en 2015. Depuis l’introduction du paiement mobile, ce sont 9 millions d’usagers qui ont eu accès aux services financiers en moins de dix ans.

Même processus que dans la téléphonie. Sans réseau bancaire dense et d’intermédiation financière solide, le secteur a explosé. Qualitativement c’est bien, mais sur le plan règlementaire et opérationnel, l’essentiel de l’activité est concentré entre les mains des opérateurs télécoms dont ce n’est pas le cœur de métier. Ce qui expose à des risques techniques, cybernétiques et réglementaires. On l’a vu avec la fièvre des cryptomonnaies et l’épisode (MyGold Rev/Dutch International) où des escrocs ont utilisé les API des opérateurs mobiles pour opérer avant de disparaitre dans la nature.

Et l’IA dans tout ça ?

En 2025, un rapport national sur l’état de préparation de la Nation à l’adoption de l’Intelligence Artificielle a été publié. Une stratégie nationale a été intégrée à la version révisée du Plan National du Numérique (2026-2030) et une commission d’experts, a été mise en place par le Ministère de l’Économie Numérique.

Mais, encore Mais, le marché pourrait se structure à nouveau de la même façon que le mobile money et la téléphonie mobile. Bien qu’il y ait une volonté de consolidation institutionnelle préalable, il n’en demeure pas moins que l’État, continue à répéter les mêmes erreurs, en gardant le vase clos, sans impliquer les acteurs de l’écosystème concerné.

Dans le domaine universitaire, les signaux sont déjà alarmants. Le plagiat est devenu systématique à tel enseigne, que des universités facturent désormais entre 20 et 25 dollar par étudiant pour l'insertion des travaux de mémoire dans un logiciel anti-plagiat. 

Suivant les estimations actuelles, voilà ce qui arrivera dans ce secteur en 2030 :

- De nombreux métiers disparaitront du paysage (alors que l'on continue à former des gens sans adapter le contenu),

- Les compétences et les revenus seront concentrées entre les mains de grandes entreprises technologiques et d'opérateurs internationaux, 

- Le pays sera fortement dépendant d'infrastructures étrangères (en matériel physique, technologie et services)

- Et le tiers de la main-d'oeuvre ne sera plus qualifiée pour travailler dans le secteur privé (essentiellement les jeunes). Les emplois répétitifs ou peu qualifiés seront automatisés.

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