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par Trésor Kalonji

Les tribulations d’un sac de sueur : voyage au cœur d’une richesse perdue

4 Octobre 2025 , Rédigé par TDK

Quand je regarde l’une de mes batteries qui me fournit l’électricité là où la SNEL n’arrive pas à le faire, je me suis toujours interrogé sur le parcours emprunté par les minerais qui la composent et la chaîne de valeur qui en résulte.

Cette réflexion prend tout son sens lorsqu’il s’agit du lithium, un minerai très recherché dans la fabrication des batteries solaires et électriques.

Une batterie au Lithium

Car, quelque part, à l’Est de la RDC, un creuseur peine sous le soleil pour extraire ce précieux minerai. Après des efforts pénibles, il parvient à constituer un sac de 50 kg, pour lequel il reçoit entre 15 et 20 dollars, encore faut-il que son acheteur soit généreux. L’acheteur quant à lui, doit souvent faire face à divers obstacles : traverser des zones à risques, payer des pots-de-vin pour franchir des barrières légales et illégales, sécurisation la marchandise et son transport jusqu’à un port international dans un pays voisin, où le sac il embarquera avec le sac pour l’Asie. Ces coûts logistiques s’élèvent à environ 100 dollars et sont répercutés sur le sac.

À son arrivée dans un pays portuaire, le sac doit à nouveau s’acquitter de 13 dollars supplémentaires, car l’exportation du lithium brut est interdite par le Gouvernement congolais. Le coût total de notre sac atteint ainsi 133 dollars pour ses 50 kg.

Mais l’histoire de notre sac ne s’arrête pas là. Le minerai brut n’est pas directement exploitable pour la fabrication de batteries. Il doit subir un raffinage, en passant par les étapes du broyage, la calcination à haute température et divers processus chimiques pour obtenir du carbonate ou de l’hydroxyde de lithium, utilisables dans la production de batteries. Ce processus coûte environ 90 dollars, portant la valeur de notre sac à 223 dollars.

Le sac ainsi raffiné est ensuite vendu à une société fournissant des usines de fabrication de batteries. À 9 dollars le kilo, sa valeur totale atteint 450 dollars.

Le fabricant de l’usine prélève 0,5 kg pour l’intégrer dans une batterie solaire de 5 kWh, ce qui permet de produire 100 batteries à partir de notre sac. Chaque batterie est vendue à 400 dollars à l’usine.

À Kinshasa, un commerçant importe ces 100 batteries, incluant frais de transport, taxes et droits de douane, pour un coût de 550 dollars l’unité, qu’il revend ensuite à 800 dollars. Ainsi, notre sac de 50 kg génère 80 000 dollars de chiffre d’affaires pour le commerçant. L’État récupère 22 000 dollars via l’impôt sur les bénéfices nets, la TVA et l’impôt sur le chiffre d’affaires, tandis que le creuseur, qui a extrait le minerai, n’a touché que 20 dollars.

Cette illustration met en évidence le déséquilibre dans notre chaîne de valeur dont on parle à tue-tête, mais qu’on n’a jamais développé. Lors du DRC - Africa Business Forum de 2021 à Kinshasa, le cabinet Bloomberg NEF avait souligné qu’une usine de cathodes de 10 000 tonnes coûterait moins de 0,5 % du budget de l’État congolais. Si une telle infrastructure avait existé, 90 % de la valeur finale de notre sac de lithium raffiné seraient restés dans le pays, créant des emplois, renforçant les compétences locales et augmentant les recettes fiscales.

Le parcours de notre sac de lithium rappelle celui d’autres matières premières utilisées dans le numérique notamment. Prenons le cobalt, également extrait en RDC. Comme le lithium, il est vendu brut à l’étranger pour être raffiné, transformé puis intégré dans des smartphones ou des ordinateurs portables. Le creuseur ne touche au passage que quelques dollars par kilo, tandis que la valeur finale du produit fini qui revient sur le marché congolais vaut des centaines de dollars, captée majoritairement par les fabricants et les distributeurs étrangers.

Nos minerais sont extraits, très souvent dans des conditions artisanales, exportées brutes, raffinées ailleurs et intégrées dans des produits finis. La plus-value, le savoir-faire et les emplois restent hors de chez nous.

 

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