Le chiffrement, cette enveloppe invisible qui protège notre vie numérique
Chaque 21 octobre, le monde célèbre la Journée mondiale du chiffrement ou Global Encryption Day en anglais. Le mot fait peur. Il fait penser à des informaticiens, à des codes compliqués, à des films d’espionnage. Pourtant, le chiffrement fait déjà partie de notre quotidien, à Kinshasa comme ailleurs.
Ce mois-ci, avec le Chapitre YALI RLC East Africa et grâce au soutien de l’Internet Society Foundation, j’ai animé une formation à la sécurité numérique pour des professionnels des médias et de la société civile. Je partage ici ce que j’en retiens.
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Imaginez que vous envoyez une lettre. Sans enveloppe, n’importe qui sur le chemin peut la lire.
Le chiffrement, c’est cette enveloppe fermée : seul votre destinataire peut ouvrir et lire le message. Pour toute autre personne curieuse qui s'hasarderait à l'ouvrir, elle n'y verrait qu’une suite de caractères sans aucun sens.
Le Congolais lambda l’utilise sans le savoir. Dans les messages WhatsApp ou les opérations bancaires. Le petit cadenas qui s’affiche dans votre navigateur, à côté de l’adresse d’un site, signifie la même chose : la connexion est protégée.
Le chiffrement protège donc notre vie privée, notre argent, notre famille et notre réputation. Ce n’est pas une affaire de spécialistes. C’est une affaire de confiance avant tout.
L’usage du téléphone et d’Internet progresse très vite en RDC, plus vite que la sensibilisation. Résultat, nous voyons tous les jours :
- des comptes WhatsApp ou Facebook piratés, puis utilisés pour demander de l’argent aux proches ;
- des arnaques au mobile money, du genre « je vous ai envoyé de l’argent par erreur » ou encore « Telle Banque ou supermarché fête son 10è anniversaire et offre des coupons gratuits » ;
- de faux liens de recrutement, de bourses ou de concours ;
- des photos et des informations personnelles diffusées sans consentement.
Dans la plupart des cas, le pirate derrière tous ces subterfuges ne « casse » rien techniquement. Il trompe la personne pour obtenir de sa part, un code ou un mot de passe.
La question ne concerne pas que les particuliers. Dans beaucoup de services publics en RDC, le courrier officiel circule encore sur papier : il est déposé à la main, photocopié, puis classé. Il n’est pas rare de voir ces documents photographiés et partagés sur WhatsApp ou les réseaux sociaux, parfois avant même que leur destinataire ne les ait reçus.
Une simple photo suffit alors pour qu’un document interne devienne public, sans que personne ne puisse savoir qui l’a diffusé, ni vérifier s’il est authentique ou falsifié.
Le chiffrement et la signature électronique répondent à ce double défi : ils réservent la lecture d’un courrier à ses seuls destinataires et permettent de prouver son origine. Le Code du numérique adopté par la RDC en 2023 prévoit déjà la signature électronique et les services de confiance. Le chemin vers une administration plus sûre passe aussi par là.
- Ne jamais partager un code reçu par SMS, même avec un « agent » ou un proche. Aucun service sérieux ne vous le demandera.
- Activer la vérification en deux étapes sur WhatsApp, Facebook et votre email. C’est un deuxième verrou.
- Utiliser des mots de passe longs et différents pour chaque compte. Une petite phrase vaut mieux qu’un mot court.
- Verrouiller son téléphone avec un vrai code.
- Faire les mises à jour du téléphone et des applications. Elles corrigent des failles.
- Se méfier des offres trop belles et vérifier par un autre moyen avant de cliquer.
- Utiliser des outils chiffrés pour les échanges sensibles : messagerie et email sécurisés.
- Sauvegarder ses données importantes et réfléchir avant de publier des informations personnelles.
Aucun de ces gestes ne demande d’être informaticien. Ils demandent seulement de l’attention.
Mon conseil : commencez petit, mais commencez maintenant. La curiosité et la pratique régulière suffisent pour progresser.
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Surtout, partagez ce que vous apprenez avec votre famille, vos amis et vos collègues. La sécurité numérique est collective : un seul compte piraté peut mettre en danger tout un réseau de contacts.
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En cette Journée mondiale du chiffrement, prenez cinq minutes pour activer la vérification en deux étapes sur votre WhatsApp. C’est peut-être le geste le plus utile de votre journée.
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