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par Trésor Kalonji

Le calvaire « légal » d’un développeur de jeu en RDC

20 Mai 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #RDC, #jeux vidéo

S’il est des métiers complexes et encore très méconnus en RDC, celui de concepteur de jeux est sans doute celui qu’il faudrait mettre sur la liste. Avec une industrie encore embryonnaire, les jeux créés au Congo par des Congolais souffrent au-delà de l’absence d’encadrement et de soutien, d’un vide juridique qui en rend la pratique compliquée. 

Jean Paul Hingase dirige un studio de jeu vidéo à Kinshasa. L’un de ses produits, Smartshow, consiste à simuler un quiz, que le joueur pourra utiliser sur son téléphone en suivant des instructions à travers une émission télévisée. 

Le concept, calqué sur le jeu français Question pour un champion a de novateur, que les règles du jeu et les instructions se donnent en live à la télévision et l’interaction des utilisateurs à travers le jeu installé sur téléphone ou un PC. Une idée qu’il a soumis à une chaîne locale qui a accepté le principe.

Vous avez dit JEU ?
Le seul problème selon la chaîne est qu’il s’agit d’un jeu et que ce concept, exploité à la télévision requiert des autorisations diverses. Il est alors aiguillé vers la Commission nationale de censure, pour avoir le quitus nécessaire pour que le concept puisse être autorisé dans son volet télévisuel. Celle-ci se déclarera incompétente en la matière. Impossible pour la chaîne d’aller plus loin, sans autorisation d’un organe légal. C’est ainsi qu’il finira par atterrir à la société nationale de loterie (SONAL) où sa quête de légalité va prendre une toute autre tournure.

L’ogre SONAL
La société nationale de loterie affirmera détenir l’exclusivité de l’exploitation de tous les jeux de hasard en RDC. Oui, mais il ne s’agit pas d’un jeu de hasard dans ce cas. 
Des multiples explications finiront par convaincre les membres de cet organe d’accepter d’octroyer l’autorisation d’exploitation, mais à une condition : être partenaire du studio. 

Une solution qui n’enchante pas le développeur, mais qui est obligé de faire avec. Puis les conditions évoluent au gré des humeurs. Au-delà du partenariat, la SONAL exigera 2.000 $ de « frais de dossiers ». Puis, un accès total au serveur du jeu et cerise sur le gâteau, une caution à verser à chaque émission comme « garantie » de la bonne foi du studio. 

Ce n’est pas la première fois que j’entende un récit où la SONAL était « vieux jeu » dans sa façon de voir et de comprendre le sens de son « monopole ». En 2017 déjà, une autre start-up étant sur le point de concevoir un jeu similaire en partenariat avec une société de télécommunication à l’occasion du Jumping international de Kinshasa, s’était vue opposer quasiment les mêmes conditions, avec des frais de dossiers trois fois plus salés. 

Ce que je ne comprends pas, c’est comment une société nationale de loterie, qui a un statut commercial qui se contente d’agréer et réguler des structures de paris, peut se permettre de mettre des jeux vidéo dans la catégorie des jeux de hasard ?
 

En jouant à SmartShow et que l'on demande au joueur quelle est la capitale de la France, est-ce que la réponse à cette question découle du hasard comme à la loterie où l'ordre des numéros n'est pas pré-déterminé ? 
 

Paiements in-game                                                                

Quand un développeur intègre des fonctionnalités de paiement dans son jeu pour le monétiser, cela revient au même pour la SONAL (les utilisateurs paient donc c’est dans leurs attributions). Pourtant, les paiements in-game permettent aux joueurs d'effectuer des achats de biens virtuels en utilisant différents modes et mécanismes de paiement (crypto-monnaies ou le mobile money).

L'interprétation volontairement erronée de la SONAL, considère cela comme un mécanisme similaire à ce qui est appliqué dans les jeux de hasard. 
 

Pourtant, la loterie DV américaine, dont le concept repose vraiment sur le hasard dans sa sélection, génère des frais de par les multiples intermédiaires qui demandent de l’argent pour y participer. N’est-ce pas là aussi un jeu ? 
 

Les participants paient (dans les cybercafés pour remplir leurs dossiers et prendre des photos conformes), des intermédiaires vont même jusqu’à proposer des parrainages (subventions) pour les joueurs, mais jamais je n’ai vu les inspecteurs de la SONAL passer pour réglementer cela ou percevoir des « frais de dossier ». 

Dieu seul sait combien d’initiatives entrepreneuriales ont ainsi été étouffées par mauvaise foi. Si vous vous faites de l’argent avec Premier BetWinner ou le PMU, laissez-nous faire nos jeux vidéo tranquillement. Faute de quoi, les jeux Congolais risquent de prendre d’autres nationalités pour fuir la fiscalité étouffante qui écrase les start-up en RDC ou resteront dans la clandestinité. 

Aidez-nous à interpeller les autorités et aider les développeurs de jeux congolais à s'affranchir de ces dérives en signant cette pétition.

 

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