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par Trésor Kalonji

Plan du développement du numérique : posons-nous les bonnes questions ?

15 Août 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #Afrique, #RDC, #numérique

La RDC a toujours eu de grandes ambitions. En proposant de doter le pays d’un plan pour le développement du numérique, le pays affiche envie de se positionner dans ce secteur pour stimuler son développement. Mais encore une fois, comme au début des années 2000 suite à la poussée du secteur des télécommunications, nous n’arrivons pas à identifier les bonnes cibles.

En 2002, le gouvernement promulguait la loi-cadre sur les télécommunications. Un texte venu en réaction à la croissance de la téléphonie mobile qui s’opérait sur un terrain non réglementé, où l’Etat cherchait à se doter d’un cadre légal pour canaliser les retombées du secteur. Depuis, les sociétés de télécom ont souvent servi de vaches à lait pour alimenter les services publics. Taxes et impôts de tout genre, restrictions, menaces et intimidations. Le dernier exemple du conflit entre l’Etat et l’opérateur VodaCom sur sa licence 2G n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres. 

 

Le chef de l'Etat reçoit le plan numérique des mains de son conseiller spécial
Le chef de l'Etat reçoit le plan numérique des mains de son conseiller spécial

Le plan numérique du gouvernement remis au chef de l’Etat relève, dans une description assez globale, à la fois les enjeux et les défis liés au numérique et de quelle façon il entre en perspective avec les objectifs de développement nationaux édictés par le Ministère du Plan, qui comptent faire de la RDC une nation à revenus intermédiaires, puis une nation industrialisée et développée. Néanmoins, certains aspects ne sont pas suffisamment exploités.

La conception du potentiel économique du numérique dans notre pays est assimilable à celui d'un secteur d’activités où l’on encourage qu’il y ait plus de "commerçants". 
En gros, des gens qui investissent dans des biens et des services destinés à une consommation immédiate et qui sont vendus en l’état ou après une légère transformation. 
 

C’est le même genre de notion qui prédomine dans l’économie formelle. Le but du commerçant étant d’acquérir un gain immédiat ou sur le court terme. C’est ainsi que nous avons vu des gens se lancer dans l’import/export en achetant dans un point X pour revendre dans un point Y, l’immobilier (les maisons ou locaux pour la rente locative) ou le transport urbain avec les taxis et motos.
 

Pourtant ce qui nous manque, c’est bel et bien des industriels, quel que soit le domaine. Lors des 16 ans de la Radio Top Congo, l’ADG de la Fédération des entreprises du Congo avait bien mentionné que les Congolais préféraient bien investir dans ce qui rapporte dans un délai court, que dans des activités sur le long terme comme l’huile de palme ou le cacao où la maturation d’une plantation prend environ 5 ans. 
Dans le numérique, il en est de même. Si le plan numérique énumère essentiellement le poids fiscal des taxes et impôts affectant les télécoms, qu’en est-il des autres secteurs porteurs ?

 

Pour avoir conçu un jeu vidéo devant être couplé à une émission télé, un développeur s’est vu exiger 2.000 $ par la société nationale de loterie. 
Pourtant, le gaming et son corollaire professionnel (e-sport) sont les seules branches de l’industrie du divertissement (entertainment) qui s’adressent à une audience connectée. C’est donc essentiellement du digital. Le Congo Brazzaville est plus en avance sur nous dans ce domaine avec une mini-communauté en ligne plus développée que chez nous.

Comment expliquer que la création d’un intranet soit taxée ?
Les fournisseurs Internet versent eux 3% de leurs chiffres d’affaires au Ministère des PTT avant l'impôt sur le bénéfice.
Posséder un serveur PABX est également taxé. Les entités décentralisées elles, ont des taxes spécifiques pour les cybercafés. 

Un résidant s'est même vu taxé 10.000 $ d'amendes pour avoir installé une simple antenne parabolique pour regarder la télé chez lui. 

Le Congo semble être l’un des rares pays au monde où une entreprise ayant fait des pertes est sommée de payer 1% de son chiffre d’affaires pourtant négatif. 

Sureffectif
Ajouter à cela, les agences dont les créations sont suggérées (agence nationale de développement du numérique et de la sécurité des systèmes d’informations) pour mettre en place la politique proposée. La question que je me pose est s’il est opportun de créer des structures gouvernementales aux contours mal définis. 

L’exemple le plus proche est celui de l'Agence Nationale de l'Ingénierie Clinique de l'Information et de l'Informatique de Santé créée par le Ministère de la Santé, dont la mission est d'améliorer le développement de l'informatique de santé en RDC qui comprend la santé numérique, la cyber santé, l'e-santé, santé en ligne, la télémédecine, la robotique médicale, la cartographie numérique sanitaire, et l'utilisation des drones dans la chaîne logistique sanitaire. Malgré tous ces objectifs, ils n’ont pas été en mesure de suggérer l’installation des robinets de lavage automatique contre Ebola comme l'a fait le Rwanda. 
L’ARPTC elle, se comporte plus en régie financière au fonctionnement opaque plutôt qu’en organe de régulation à proprement parler. 

A ce sureffectif de personnel public, l’enregistrement de tous les Congolais à travers un identifiant constituera sans nul doute, la plus grosse opération d’encodage de données personnelles informatisées du pays. Ce qui pose la question des modalités de création, conservation, accès, ainsi que celui du stockage. 

Une énième agence doit-elle aussi réguler l’utilisation des données ? 
Où seront-elles conservées ? Dans le cloud ? 

Je vois mal les services de sécurité accepter que 80 millions de données personnelles sur des Congolais soient stockées sur des serveurs situés dans des pays étrangers. 
Une telle perspective et non seulement dangereuse, mais met en péril notre sécurité nationale. Si les données doivent être entreposées dans des data centers en RDC, ils constitueraient l’infrastructure technologique la plus critique du pays. 

Dans quel lieu seront-ils construits ? Dans la capitale ? En province ? A-t-on pensé au cordon sécuritaire à installer physiquement tout autour (camps militaires ou brigade spéciale) ?
A-t-on pensé étendre ces centres de données sur des territoires étrangers en conférant aux lieux où ils seront installés le statut d’e-ambassades comme l’a fait l’Estonie ? 

Une telle myriade de données est une aubaine pour la maffia, les services d’intelligence extérieurs et des acteurs non-étatiques. Dans l’optique de la menace que ces entités feraient peser sur une telle quantité de données, est-ce que l’agence nationale de sécurisation des systèmes d’informations pourra traiter ces cas à elle seule ?

Lors du récent séminaire sur la cybersécurité organisé par le Ministère des PT-NTIC, l’idée qui a germé consistait plutôt en la création d’un CIRT (Computer Incident Response Team) national avec des prérogatives défensives et offensives. Une initiative dont on disait qu’elle serait imminente, mais qui n’a pas survécu au manque de consensus sur le leadership de cette structure entre les PTT et le ministère de l’Intérieur qui en revendiquait la gestion de plein droit. 

Pourquoi n’a-t-on pas pensé à intégrer le Conseil national de sécurité et étudier la possibilité de création d’une nouvelle agence de renseignement entièrement dédiée à ce nouveau champ qu’est le numérique ?
Une telle structure est plus à même à veiller à la protection du pays en rapport avec l’intelligence économique et face aux menaces d’acteurs étatiques étrangers hostiles.

De même, parler de cyber-défense et de cyber-armement dans ce contexte semble inopportun dans la mesure où, nos FARDC ne disposent pas encore de la maturité technologique nécessaire pour s’adapter à cette donne. Sans curriculum prévu à cet effet dans les académies nationales, encore moins du développement d’un pôle de compétences préalables, notre armée n’est pas prête. Un cyber-commandement se devrait de voir le jour. Ce qui inclurait d’intégrer le cyberespace dans la doctrine et de préparer l’avènement d’un quatrième état-major distinct en complément de la force terrestre, navale et aérienne. 

Socio-communauté ou webosphère ?
L’approche du plan national du numérique semble négliger le rôle du web 2.0 dans l’écosystème digital. En fait, il y’a plus de socionautes congolais (utilisateurs des réseaux sociaux) que d’internautes. 

Ce segment particulier a des besoins et des particularités que les recommandations du plan numérique ne prennent pas en compte. Une grande partie de la digitalisation de l’économie s’appuiera sur les réseaux sociaux et non sur les sites marchands. La régulation du social selling et des droits spécifiques à cette niche du numérique en constante évolution, malgré les politiques restrictives de ces dernières années n’a pas été évoquée.

Indicateurs de performance

Le plan numérique est certes ambitieux. Mais il devrait plutôt être considéré comme une « transition numérique » pour notre pays plutôt qu’à un vrai plan de développement intégral. Quelles sont les données métriques qui permettront de mesurer l’efficacité de ce plan ? 
Attendons voir ce que produira l’atelier de validation projeté. 

 

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Christian 10/09/2019 19:00

J'ai beaucoup aime les articles ci hauts, et j'aimerai etre tenu au courant de nouveaux updates

TDK 28/09/2019 15:32

Bonjour et merci. Vous pouvez vous inscrire à la newsletter pour recevoir les nouveaux articles.