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par Trésor Kalonji

L'instauration du RAM : quel impact sur la sécurité des abonnés télécom en RDC ?

24 Septembre 2020 , Rédigé par TDK Publié dans #cybercriminalité, #téléphone

Le registre des appareils mobile (RAM) entre en vigueur ce jeudi 24 septembre. Le but poursuivi est selon les autorités, de lutter contre la contrefaçon des appareils mobiles et le vol des portables. Une polémique est née derrière cette mesure qui prévoit l’instauration d’une taxe à la charge de l’usager pour enregistrer son téléphone. Les critiques pointant du doigt le faible pouvoir d’achat des usagers et le risque de voir les prix des téléphones prendre l’ascenseur. 

De plus, les téléphones contrefaits représenteraient selon les estimations entre 10 et 15% des 40 millions d'usagers. Ce qui déconnecterait des réseaux près de 6 millions de personnes. Le constructeur Samsung avait quitté la RDC, suite notamment à la concurrence faite par les produits contrefaits qui échappaient à tout contrôle. 

Enregistrer les abonnés ne date pas d’aujourd’hui en RDC. Cette disposition légale souffre depuis longtemps d’un manque d’application, suite à la réticence de nombreux acteurs de la société civile, craignant que les données récoltées ne servent à harceler les dissidents du régime et renforcer la censure. 

Une crainte justifiée notamment par le vide juridique consécutif à l’absence d’une loi sur la protection des données personnelles. Une loi qui devrait servir de garde-fou afin d’éviter les abus et les dérives. De nombreux opposants avaient vu leurs accès aux réseaux coupés à la veille des grandes manifestations. 

L’Ancien Administrateur général de l’Agence nationale de Renseignements, Jean-Pierre Daruwezi, avait défrayé la chronique lorsqu’il posait inconsciemment devant les caméras avec une farde contenant les écoutes téléphoniques de l’opposant Vital Kamerhe. 

Des opérateurs sur la sellette
Au-delà de la problématique de la vie privée et de la liberté d’expression, la question du contrôle des abonnés est essentiellement liée à des réseaux clandestins agissant dans l’ombre des télécoms. 

En 2018, la Police avait démantelé à Kinshasa, un réseau d’expatriés chinois dans les communes de Limete et Bandalungwa disposant de Simbox et d’autres types de matériels qui leur permettait de fabriquer des « SIM ».

Une découverte inquiétante, faisant suite à de multiples cas de numéros non-reconnus par les opérateurs, mais signalés aux services de police dans des opérations d’escroquerie entre 2016 et 2018. Ces SIM seraient ainsi prisés par les criminels qui, outre les arnaques à l’emploi et aux systèmes de mobile money, y ont recours pour usurper les identités de leurs victimes et se faire passer pour elles auprès de personnes de confiance.

C’est ce qui est arrivé à un éminent professeur de l’Université de Kinshasa, également promoteur d’une université privée qui a vu son numéro être temporairement bloqué par une file d’appels, composés simultanément à son numéro pour le rendre indisponible (constamment occupé). 
Les escrocs en ont profité pour se faire passer pour lui auprès de son comptable en lui envoyant un SMS, demandant de transférer des fonds pour une urgence à un numéro qu’ils contrôlaient. 

La technique avait déjà fait ses preuves au début des années 2000 en Italie où, des opposants au régime en place, ont déconnecté sur le long terme, le numéro de l’Ambassadeur de la RDC en poste en Italie, le rendant injoignable à son insu. 

La nécessité du RAM dans ce contexte se retrouve ainsi justifiée. Cependant, tant que la législation sur la protection des données à caractère personnelle n’est pas encore d’application et que sa régulation non-définie; les risques de dérives pèseront sur cette initiative. 

 

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