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par Trésor Kalonji

Comment devenir président ou député en RDC ?

16 Juin 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #Afrique, #RDC

Y’a-t-il une formation pour devenir président de la République, député ou sénateur ? Faut-il avoir déjà géré un ministère ou une administration pour faire valoir une expérience politique ? 
 

Le 17 juillet 2003, quatre membres de l’espace présidentiel issus de la formule de partage du pouvoir dite 1+4 consacrant un président et quatre vice-présidents sont présents au Palais du peuple pour prêter serment devant les juges de la Cour suprême. 
 

A l’appel de chaque vice-président, son CV est lu en public et les partisans présents dans la salle pour la circonstance, poussent des cris de joie ou applaudissent à chaque fois qu’une grande école ou une distinction particulière du candidat est citée par le juge. 

Docteur en ceci, PhD en cela, certification internationale en, diplômé de la Haute école supérieure de ; avant d’entrer en fonctions, les membres de cette formule de gestion inédite semblent avoir décidé de se mesurer sur papier. Car dans la mentalité congolaise, la compétence et les diplômes supérieurs sont synonymes et quelqu’un n’ayant pas un CV garni n’est pas apte à gouverner.

Accéder à des hautes fonctions est une chose. Incarner cette fonction en est une autre. S’il n’existe pas d’écoles pour devenir ministre ou président de la République, le commun des mortels juge de la capacité de quelqu’un à devenir ministrable ou présidentiable à la longueur de son seul CV.

 

Pourtant, au fil de l’exercice du pouvoir, peu d’’hommes d’Etat ont su incarner leurs fonctions. Que ce soit dans le ton du langage, la gestion administrative ou l’analyse des questions liées à leurs portefeuilles qu’ils délèguent souvent totalement à leurs conseillers. 

Que dit la loi ?
La Commission électorale indépendante de la RDC fixe des conditions pour candidater aux différentes positions électorales. L’article 103 de la loi électorale stipule entres autres, que le candidat au poste de président de la République doit posséder un diplôme d'études supérieures ou universitaires ou justifier d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans dans le domaine politique, administratif ou socio-économique. 
 

Pendant la période électorale, une vive polémique était née, au motif que l’actuel président Félix Tshisekedi avait déposé un faux diplôme d’études supérieures, alors que ses partisans défendaient que c'était sur la base de son expérience politique en tant que haut cadre de son parti, qu’il a honoré cette disposition. 

Quoi qu’il en soit, des voix se sont élevés pour contester sa capacité à diriger le pays. 

 

Les qualités pour devenir président
Loin de tout ces débats sans fin sur les diplômes, j’ai analysé l’histoire de la RDC pour déterminer les caractéristiques principales de nos anciens dirigeants et voir comment tirer le meilleur de chacun d’eux pour dresser le portrait-robot d’un bon candidat président. 

- Communication : être en mesure d’interagir et de communiquer régulièrement a constitué l’un des points forts du Maréchal Mobutu. Journaliste et grand orateur, il a su utiliser ses qualités à son avantage et créer une sorte de proximité entre lui et le peuple. Une proximité que l’on retrouve également avec Laurent Désiré Kabila. Aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent d’étendre son champ d’action mais sont également un couteau à double tranchant.Tout ce que vous avez dit, commenté et partagé sera utilisé contre vous. L'ancien président Barack Obama en parle dans cette vidéo

- L’empathie : analyser une situation en se mettant dans la perspective des autres est une qualité qui permet d’augmenter le capital confiance. Félix Tshisekedi a su jouer cette carte officieusement, en rencontrant plusieurs chefs d’Etat alors qu’il n’était encore que secrétaire en charge des relations extérieures de son parti. Des contacts qu’il intensifiera à son accession au pouvoir et qui lui ont rapporté des points sur le plan diplomatique. La RDC a su normaliser les relations avec ses voisins, renouée avec l’occident et prit un siège dans les organes de décision de l’Union africaine.

- Un oeil d'explorateur : un président scotché dans sa résidence donne l’impression d’être coupé des réalités des autres provinces qui le perçoivent mal. Déplacer de temps en temps le centre du pouvoir hors de la capitale valorise les autres. Joseph Kabila l’a illustré souvent en tenant des conseils des ministres hors de la capitale. De même, certaines célébrations nationales (l’indépendance) était organisées sous ses auspices dans des villes différentes. 

- Modération financière : parmi les qualités qu’on attribuait au président Kasa-vubu, figurait son aptitude à ménager les finances publiques en retournant les excédents de ses dotations et missions de service. L’expérience similaire faite par Félix Tshisekedi après son premier voyage officiel a été interprété sous le même angle.

- Le look : si cela peut paraître tiré par les cheveux, au royaume de la sape et de l’élégance, l’apparence occupe une place de choix pour celui qui vise à briguer la magistrature suprême. Les leaders politiques ont chacun instauré des styles qui sont devenus une mode à part entière. Mobutu a introduit l’abacost, le safari a lui symbolisé le Kabilisme de Mzee, alors que le fils Kabila a lui fait de la barbe seigle et de l’uniforme verte de style militaire, ses marques. Les partisans de Félix Tshisekedi ont eux, adopté un chapeau prisé par son père.

- Le langage : dans une mosaïque de 450 tribus, les élections ont essentiellement guidé par l’appartenance ethnique mais également linguistique. La société congolaise étant polarisée entre les swahiliphones (de l’est et du sud), les tshilubaphones (au centre), les lingalophones (à l’ouest) et les Kikongophones (ouest). Le candidat qui voudra symboliser l’unité et atténuer les stéréotypes gagnera donc un atout s’il était polyglotte et parlait toutes les quatre langues nationales. 

Quand quelqu'un pense à devenir un jour président, député ou tout autre poste électif, le diplôme à lui seul ne suffira pas, voire, ne servira à rien; si l'aspirant ne cultive pas ces qualités avant de se lancer. A l'ère de la globalisation, les ambitions des uns et des autres doivent prendre en compte ses paramètres. 

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