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par Trésor Kalonji

Avec des morts à 4 chiffres, décréter l'état d'urgence contre Ebola ?

5 Mai 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #Afrique, #RDC, #Désinformation, #Infox

La dixième maladie à virus Ebola en RDC et la deuxième plus meurtrière depuis 1976 défie toutes les précédentes expériences vécues par la RDC sur sa gestion. Le cap des 1000 morts a été dépassé et le risque que la maladie devienne endémique (donc permanente) inquiète. 
 

Dans une région de l’est qui voit Ebola apparaître pour la première fois, les autorités n’avaient pas envisagé un tel enlisement. Avec une population meurtrie par des décennies de guerres et des conflits communautaires qui se sont transmis de génération en génération, Ebola a servi de bouc-émissaire à leurs malheurs et puise dans la méfiance collective pour se propager davantage. 
 

L’ignorance : le début du mal
Lorsque les premiers cas ont commencé à apparaître, le contexte politique était secoué par une défiance envers le gouvernement. Les habitants de la région, déjà en proie aux violences des milices, soupçonnaient déjà le pouvoir en place de créer des stratagèmes pour retarder, voire empêcher la tenue des élections présidentielles, initialement prévues en 2016 et maintes fois reportées. 

L’arrivée d’Ebola dans ce contexte, a été perçue comme l’une de ses stratégies. Des leaders politiques ont ainsi accrédité dans des meetings populaires, le mythe de la maladie conçue pour exterminer les Nande, l’ethnie majoritaire dans la première zone affectée par la maladie. 
 

Des supporters zélés ont ainsi refusé de déclarer des cas aux équipes de riposte, en conformité avec ce que leur avaient ordonné leurs leaders. La décision du gouvernement d’annuler les élections présidentielles dans ces zones n’a fait qu’accroître cette défiance.

Ebola Business
Méfiants, les habitants ont commencé à suspecter un business derrière l’épidémie. Les premières contestations ont concerné la rémunération des agents recrutés. Des rumeurs qui ont fait croire que la majorité étaient étrangers à la région (Kivu), n’étaient pas des originaires (Nande) et touchaient beaucoup plus que les locaux. 

L’enquête du ministère de la Santé a plutôt révélé le contraire et montré une prédominance des Nande dans les équipes.

D’autres rumeurs ont fait état de faveurs sexuelles exigées aux femmes aussi bien pour le recrutement que l’accès aux soins ou encore de la contamination volontaire de rivières par l’Armée elle-même. 

 

Plusieurs leaders communautaires et mouvements citoyens n’ont pas suffisamment fait pour démentir ces propos du fait de la défiance politique. Le cas le plus emblématique étant celui de Crispin Mbindule Mitono, député élu de la région, qui à travers une radio locale, affirmait que le gouvernement avait créé un laboratoire secret pour fabriquer les échantillons d’Ebola sévissant dans la région.
La conséquence est que le personnel soignant et les infrastructures sont la cible aussi bien des miliciens que de la population elle-même.


Internet : l’autre épicentre
La lutte contre Ebola comporte une part importante de lutte contre la désinformation qui alimente la méfiance des populations. Des rumeurs qui prennent corps du réel pour se répandre au virtuel ou inversement. L’un des porte-paroles du ministère de la Santé, Jessica Ilunga, a affirmé qu’une équipe avait été mise en place pour repérer les rumeurs sur Ebola sur WhatsApp et les démentir en s’appuyant sur des faits. 

Une étude menée par des scientifiques américains sur 961 personnes dans le Nord Kivu, a révélé que 86 % d’entre eux avaient été exposées à des informations remettant en cause l’existence de la maladie et que plus d’un tiers en étaient convaincus. 
Sur WhatsApp et Facebook, il est même demandé aux populations de rester éloignés des centres de traitement.
 

Bastion de l’opposition anti-pouvoir, le groupe Veranda Mutsanga sur facebook, regroupant des ressortissants de Beni et de Butembo, a été épinglé comme étant le lieu par excellence de propagation de rumeurs et de fausses informations sur Ebola. Suite aux critiques, l’image de couverture du groupe arbore désormais une bannière anti-Ebola et des utilisateurs publient régulièrement les images des personnes décédées suite à la maladie pour sensibiliser les autres. Malgré cela, l’opposition à Ebola persiste. 


Répondant à la requête du média The New Humanitarian sur les précautions qu’elle prend pour lutter contre la désinformation à propos d’Ebola sur sa plateforme, Facebook a fait la déclaration suivante : 
 

" nous travaillons d'arrache-pied pour intensifier nos efforts afin de mieux comprendre la propagation de la désinformation en RDC en ce qui concerne la crise Ebola, et continuons à travailler avec des partenaires sur le terrain pour mieux comprendre les problèmes et les aborder plus efficacement - notre travail dans ce domaine et les enquêtes sont en cours. "

 
Le facteur sexuel
Malgré l’administration d’un vaccin, des études ont montré que le virus restait présent dans le sperme des hommes guéris ou dans les parties génitales de la femme. Dans une région affectée par les violences sexuelles, le risque de contamination par cette voie rend la tâche encore plus complexe du fait que les miliciens responsables de la destruction des centres de traitement, n’ont pas été vaccinés et sont infiltrés au sein des communautés locales. 

L’expérience de la maladie en Afrique de l’Ouest a poussé les autorités sanitaires à recommander aux survivants l’abstinence ou l’usage de préservatifs. Situation complexe qui pourrait à l'avenir, être à l’origine d’autres théories complotistes. 
 

La contrainte ?
La non-implication des populations alimentée par les acteurs locaux et le risque important que la maladie n’infecte des zones plus peuplées dans le Kivu comme Goma ou les camps de réfugiés à la frontière soudanaise, le Rwanda ou encore l’Ouganda voisin, laisse entrevoir la nécessité pour certains spécialistes de recourir à la force pour circonscrire la maladie. 

La déclaration de l’état d’urgence aurait pour conséquence une quarantaine totale des zones infectées, malgré le risque que cela comporterait. Un risque politique que les autorités auraient du mal à assumer, mais que l’impératif sécuritaire pourrait forcer à adopter si la situation n’arrête pas d’empirer. Les marches et les protestations ont une incidence sur l'efficacité de la riposte. Les malades restent terrés chez eux, ceux dans les centres sont aidés pour s'évader et la population est convaincu que détruire les centres de traitement chassera la maladie. 

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