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par Trésor Kalonji

Restructuration de l'ANR : comment concilier open data, cybersécurité et droits de l'homme ?

20 Mars 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #Afrique, #RDC, #cybercriminalité, #cybersécurité

Réputé discret, conduisant seul son véhicule et préférant se passer d’une garde rapprochée trop visible, Inzun Kakiak Justin a été nommé Administrateur de l’Agence nationale de Renseignement (ANR) par le président Félix Tshisekedi. Il devient le  haut cadre de l’agence depuis sa restructuration en 1997. Gros plan sur les défis qui l’attendent. 

Un fils de la maison
 

Justin Inzun à gauche à coté de l'actuel Conseiller spécial en matière de sécurité du président. Crédit Photo Actu 30

Tout comme son prédécesseur Kalev Mutond, qui a fait ses débuts au plus bas de la hiérarchie et a gravi tous les échelons, Justin Inzun Kakak est aussi un fils de la maison. Il intègre alors ce qui est le Centre national de documentation en 1985. Nommé numéro 2 en octobre 2011, il hérite d’une agence de 12.000 employés sous le feu des critiques des organisations de la société civile qui l’accusent de plusieurs violations des droits de l’homme. 

D’un autre côté, l’agence est également critiquée pour son inadaptation face à la prolifération de plusieurs types de menaces, notamment dans le cyberespace. La prolifération des fakenews a conduit à l’interruption de l’internet, du fait de l’impossibilité de l'ANR et de la police (Interpol et la DTNT de la police judiciaire) à identifier et appréhender les auteurs de ces atteintes à la sécurité nationale. Le nouvel AG devrait réfléchir à la création d'un centre d'incidents et de réponse aux attaques informatiques (CERT) et des modalités de collaboration inter-agences.

Il n’y a pas que la politique au Congo
L’ANR se focalise beaucoup trop sur la sphère politique, alors qu’elle serait d’un atout encore plus précieux pour aider à la compétitivité des entreprises congolaises (des plus petites aux plus grandes) par la collecte d’informations pour le compte du ministère de l'Économie et de l’industrie. 

L’intelligence économique est comprise dans ses missions comme intimement liées à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat. Pourquoi nos stations extérieures en collaboration avec les affaires étrangères, n’orientent ou ne conseillent pas ces Congolais, désireux d’investir dans des pays étrangers sur les usages en cours, les pratiques à adopter et les secteurs porteurs ? 

Une culture publique
En tant que principal service de renseignements, l’ANR devrait, je pense, mettre à la disposition du grand public, des renseignements généraux sur les différents secteurs de la vie nationale. Des statistiques sur la démographie, l’économie, les télécommunications, les productions (minières, littéraires, scientifiques) ; des données qu'elle possède mais dont la finalité n’est réservée qu’aux seuls décideurs. 

Agence nationale de renseignements RDC

A travers un site web et les réseaux sociaux, l’agence gagnerait en transparence et renforcerait la confiance du public en mettant à la disposition de la communauté des chercheurs, ces informations (non-politiques). 

De plus, se doter d'un pôle de relations publiques, permettrait à l'agence de se positionner sur le terrain de l'information et de communiquer de façon plus efficace avec le grand public et la société civile. La police nationale congolaise utilise déjà efficacement Twitter pour faire le pont avec la population. 



Colmater les brèches
Des documents confidentiels qui circulent sur les réseaux sociaux, on a fini par s’y habituer. Qu’en est-il alors lorsque ces documents sont de nature à permettre à une puissance étrangère ou des entreprises externes à obtenir un avantage stratégique sur nous ? 

Bien que nombreux affirment que ce soit devenu un nouveau mode de surveillance citoyenne, ces documents émanant de la Présidence, Primature, Banque centrale, régies financières, comportent des éléments compromettants. 

En 2010 déjà, des agents de l’ANR venaient régulièrement saisir des mémos dans un cybercafé que je fréquentais à Kinshasa, sans aucune précaution et avec une tranquillité d’esprit déconcertante. 

Bien avant l’avènement de WhatsApp, les disques durs des ordinateurs des entreprises bureautiques à Kinshasa cachaient déjà des trésors insoupçonnés.

Au-delà de cela, les fakenews ont des conséquences sur la sécurité et l'ordre public comme la résistance à la vaccination contre Ebola ou les agressions subies par des femmes lors de la journée du 8 mars dans l'est du pays.

Anticiper le changement
La volonté du chef de l’Etat de faire adhérer le Congo à l’East African Community ne se fera pas sans risques. Une telle démarche favorisera l’intégration régionale et boostera l’économie. Mais elle constituera également, un défi sécuritaire majeur du fait de la possibilité pour certains réseaux criminels et terroristes, qui profiteront de l’assouplissement des mesures douanières pour opérer dans notre pays. N’oublions pas que l’est de la RDC fait partie du califat de l’Etat islamique et que le risque terroriste y est élevé. 

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