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par Trésor Kalonji

Les autodidactes ont-ils une chance en RDC ?

18 Février 2019 , Rédigé par TDK Publié dans #Afrique, #RDC, #formation, #leadership, #entrepreneuriat

L’illettré chez les Congolais n’est pas celui qui ne sait lire ni écrire, mais plutôt celui qui ne possède pas de diplôme à la hauteur d’un poste de responsabilité donné. L’analphabète est quant à lui souvent celui dont on pense que le niveau d’expression orale ou écrite en langue française n’est pas suffisant pour tenir une conversation (voire une dictée). Alors que les Congolais attachent tellement d’importance à ces détails, c’est la place ou plutôt le statut de l’intellectuel dans la société qui est remis en cause. 

En RDC, la consécration sociale passe d’abord par les études et leurs différentes phases : diplôme d’état (Baccalauréat) après 12 années et diplôme universitaire au bout de cinq ans. Puis, l’ultime phase intervient avec l’obtention d’un emploi, célébré en grande pompe par la famille comme pour marquer l'aboutissement de ces différentes étapes de la vie. 

Jusqu’à la fin de l’université voire pendant, le jeune Congolais est considéré par la société comme un futur cadre, un intellectuel, quelqu’un à même de résoudre les problèmes de la société mais surtout, avec le concours de la science acquise après tant d’années de formation, de créer ou de proposer des solutions nouvelles, des concepts nouveaux. Est-ce vraiment le cas ?
 

Les 4 vice-présidents de la transition en RDC

Lors de la prestation de serment des quatre vice-présidents de la transition, le 17 juillet 2003 au Palais du peuple, le public présent dans la salle criait fort à chaque fois que le speaker énumérait les détails des CV des membres de l’espace présidentiel.

L'intellectuel équivaut à bien parler français
C’est le sentiment d'une grande partie de la population pour qui, bien maîtriser la langue française (surtout à l’oral) fait de quelqu’un un érudit, un savant. Musicienne chrétienne, Micheline Shabani en fait mention dans une de ses chansons SINGA (le fil) dans laquelle elle fustige le sort des jeunes diplômés sans emplois, éloquents, mais qui faute de travail, passent leurs temps à jouer aux jeux de dames pour se distraire. 

Il n’est pas également rare d’entendre des chauffeurs de taxis ou taxi-bus, vilipender les conducteurs de véhicules de luxe à Kinshasa par des phrases telles que BATU YA BA FRANÇAIS (ceux qui parlent français) ou TU CONNAIS MON NIVEAU pour illustrer certains bras de fer où, des conducteurs intimident les autres en faisant valoir leurs positions sociales (réelles ou supposées). 

Mais la plus grande méfiance est surtout venue de l’élite universitaire. Jadis respectés, de nombreux professeurs qui jouissaient encore d’une grande estime, ont vite été contestés pour leurs prises de position notamment en politique. Désacralisés, les masses ont cessé de les prendre comme des modèles d’inspiration, entraînant dans le lot l’institution universitaire elle-même. 


Les hommes d’églises : derniers remparts ?
La science ayant perdu crédit aux yeux de la masse, ce sont les hommes d’églises (prêtres et pasteurs) qui devinrent les derniers modèles d’excellence auxquels les gens vouaient respect et considération. Porter le titre de pasteur, berger, apôtre ou prophète, a pendant longtemps été une marque de considération. Mais sur ce terrain également, la donne politique marqua une énième fissure qui sera alimentée par d’autres scandales comme les enfants de la rue et des affaires de mœurs. 
 

Et les autodidactes dans tout ça ?
Dans cet environnement formaté, l’autodidacte est perçu comme un intrus, quelqu’un n’ayant pas respecté la hiérarchie sociale. Même si ceux-ci influencent par leurs œuvres la société, le diplôme manquant leur sera toujours brandi comme le puzzle manquant pour toute reconnaissance. 
 

Pourtant, il y’a eu un électromécanicien comme Gilbert Tshiongo qui a dirigé la Regideso pendant quinze ans ou encore Joseph Ngalula, apprenti en imprimerie qui à force de lire des livres s’est découvert une vocation de journaliste. 

D’autres ont émergé dans l’entrepreneuriat comme Jeannot Bemba Saolona et Pascal Lumbu Kinduelo qui dirigèrent banques, brasseries et plusieurs industries jusqu'à trôner au sommet du patronat zaïrois.

En ce 21è siècle, l’heure n’est plus à l’acquisition de diplômes, mais plutôt à ce que les anglophones appellent « soft skills », un ensemble de connaissances qui englobent des aptitudes pour plus de productivité, de leadership et de qualités inter-personnelles. 

Ce sont ces qualités que recherchent les entreprises innovantes ou dont on besoin les start-ups innovantes. 

Des aptitudes qui font d’un candidat, un atout plus intéressant que son diplôme. Dans cet univers concurrentiel, les entreprises veulent disposer de personnes polyvalentes, capables de s’adapter et de se former constamment, une valeur-ajoutée beaucoup plus recherchée que les spécialités. 

 

Avec ou sans diplôme, l’autodidacte est cette personne un peu fourre-tout, qui a appris à apprendre, quand les circonstances l’exigent. Si vous avez cette aptitude et une communication soignée, vous ferez des merveilles. 

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