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par Trésor Kalonji

Digital : consommons congolais

3 Octobre 2018 , Rédigé par tresorkalonji.over-blog.com Publié dans #RDC, #digital, #internet, #IXP, #acces, #ISP

Consommons congolais. On a longtemps entendu ce slogan à de multiples reprises. Martelé aussi bien par des hommes politiques que par des opérateurs économiques, il incite à privilégier les produits et services des nationaux pour booster l’économie, protéger les emplois et développer le tissu entrepreunarial. Du côté des nouvelles technologies, à quoi pourrait bien s'appliquer ce concept ?.

Local content
Sujet du récent forum Makutano ayant réuni près de 500 entrepreneurs de premier ordre à Kinshasa, le local content a été abordé sous divers angles. L’univers Internet bien que non centralisé, a été bâti autour de certains principes, que toutes les parties prenantes tentent de maintenir. C’est ce qu’on appelle les invariants de l’Internet. 

Au nombre de huit, ils permettent à Internet de rester ouverte et accessible à tous dans le but de permettre l’innovation, la participation, la croissance économique et le développement social. Ces principes permettent d’éviter que des têtes bien-pensantes n’envisagent de faire une ségrégation numérique en créant leur « internet » propre pour des raisons diverses (idéologiques ou économiques). 
 

Accès universel
C’est l’invariant qui a fait l’objet d’un récent accord entre Facebook et ISOC (Internet Society community) une organisation dédiée au développement d’Internet et disposant de chapitres dans le monde entier. La collaboration vise à encourager le développement de points d’échange internet (IXP). 

Les points d’échange jouent un rôle crucial dans l’aspect du coût étant donné que l’essentiel du trafic internet de nombreux pays passent par des points extérieurs (satellite, câbles marins) pour atteindre leur destination. Un surcoût pour les fournisseurs d’accès qui répercutent cela sur la facture du consommateur. 

Lorsqu’un utilisateur congolais envoie un e-mail à un correspondant à l’étranger, c’est le fournisseur de service congolais qui supporte le coût de la connectivité internationale entre la RDC et le pays tiers. Inversement, lorsqu’un utilisateur étranger envoie un e-mail à destination d’un usager situé en RDC, c’est toujours le fournisseur congolais qui supporte le coût de la connectivité
 

Charles Kikunda : Association des fournisseurs d'accès internet de la RDC (ISPA)

À l’occasion du Forum sur la gouvernance de l’Internet en 2017, l’association des fournisseurs d’accès congolais ISPA avait de nouveau interpellé l’opinion sur cette question, estimant que les coûts des abonnements à Internet ne pouvaient pas baisser si cette question n’était pas réglée. L’Union internationale des Télécommunications estimait à 400 millions de $, les pertes pour les opérateurs africains. Outre le coût, d’autres désagréments liés à cette externalisation du cheminement des données congolaises concernent la qualité du service et la sécurité, dont les paramètres ne sont pas sous contrôle des fournisseurs locaux. 

Tout garder à la maison
Depuis 2012, l’ISPA a mis en place KINIX, un point d’échange dans la ville de Kinshasa. D’autres initiatives similaires sont envisagées à Goma (Gomix) et à Lubumbashi (LUBIX). Toutes ces infrastructures devant toutes déboucher sur la création d’un IXP national. Les perspectives pour KINIX sont ambitieuses dont notamment l’implémentation du cache de Google ou encore l’hébergement des caches DNS de près de 300 noms de domaines de premier niveau. 

Infrastructure KINIX à Kinshasa

Cela aura pour conséquence d’améliorer la qualité d’internet avec un temps de latence plus court, réduire les coûts (le trafic passant par les IXP n'est pas facturé) et développer des types de contenus et services pour lesquels les Congolais sont encore réfractaires comme les applications réalisées par les développeurs locaux ou la diffusion vidéo.
 

En 2020, la commission de l'Union africaine espère avoir du trafic internet africain accessible localement à travers le projet " Système africain d'échanges internet (AXIS). En RDC, cette révolution ne pourrait avancer qu’avec l’implication des opérateurs télécoms qui concentrent à eux-seuls 91% du trafic national. 

 

Crise de confiance

La mutualisation des ressources ne semble pas pourtant être du goût de tout le monde en RDC. La méfiance entre certains acteurs du secteur et la volonté d’autres de conserver le statut quo, plaide pour la mise en place d’un IXP géré par un organisme non-lucratif, bâti sur un modèle multi-parties intégrant tous les acteurs concernés. 

Un technicien de KINIX à Kinshasa

Les enjeux commerciaux mais également sécuritaires entourant la gestion d’un IXP national ou local, peuvent être des obstacles de plus à surmonter si l'approche abordée, privilégie sa prise en main par une entité sous contrôle gouvernemental ou à but lucratif. Seule une structure non-commerciale est à même de garantir la neutralité des IXP congolais, afin de vraiment permettre à Internet de participer activement au développement de la RDC. 

 

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