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par Trésor Kalonji

Être un Hacker en RDC

10 Septembre 2018 , Rédigé par tresorkalonji.over-blog.com Publié dans #RDC, #hacking, #piratage, #Crack, #Defacement

Nous sommes le 30 juin 2018. Il est 12 h à Kinshasa. Dans la salle d’une université de la place inoccupée en ce jour de fête nationale, une cinquantaine de personnes se sont réunies pour parler d’un sujet peu commun : la sécurité informatique. 

Hackers en RDC

Jack Root, un #Congolais de Brazzaville, la trentaine, se connecte à l’un des réseaux WIFI de l’institut et en prend le contrôle, déconnecte tous les utilisateurs et reconfigure les paramètres de sécurité. Il divulgue la clé du réseau aux personnes présentes dans la salle. Lorsque les utilisateurs s’y sont connectés, il interceptait leurs trafics en récupérant les historiques de navigation et mots de passe, le tout, avec un petit équipement dont tout le monde se demandait comment il a réussi à traverser la frontière avec (ça c’est une autre histoire). Bien évidemment, les connaisseurs comprennent qu'il s'agit là d'un honey pot et prennent leurs distances.

Alors que Root s’amusait à la pêche aux données, d’autres passaient leurs temps à s’amuser à craquer des mots de passe avec John The Ripper. Quelques-uns se vantaient d’avoir lancé des flux d’impressions ininterrompues dans les imprimantes d’une clinique très chic du Centre-ville de Kinshasa ou d’avoir fait planter un distributeur de billets.

Internet est à eux
Redoutés partout où la technologie s’est développée, les pirates informatiques communément appelés Hackers, ne défraient pas beaucoup la chronique en Afrique. Pourtant, ils existent bel et bien et opèrent très souvent dans l’ombre. 

Dissimulés dans des groupes WhatsApp et Facebook, les pirates congolais ne constituent pas une communauté homogène. Constitué au départ par un groupe d’étudiants congolais installés dans la ville de Bengalore en Inde, les communautés se sont développées virtuellement par co-optation des membres. 

Au début, beaucoup versent dans l’activisme politique, alimentant la spirale des Fakenews. En 2009 par exemple, un SMS diffusé sur le réseau Celtel de l’époque à des milieux d’utilisateurs appelait la population à se soulever contre le régime. A l’époque, plusieurs chercheurs estimaient que le texto aurait été envoyé via une application du type Web2SMS à partir de l’Inde. 

Avec le développement du secteur bancaire et l’éclosion des solutions technologies financières : Pepele Mobile, Ar-Money, Illico cash ou dans les milieux des télécoms avec M-Pesa, Orange money et bien d’autres, des hackers « locaux » spécialisés dans le piratage bancaire et téléphonique verront le jour.

Quelques cas signalés de piratage en RDC
L’université catholique de Bukavu est en 2016 la cible d’une intrusion dans son site internet. Des données concernant des étudiants et le personnel académiques sont récupérées. 

Piratage Université catholique de Bukavu


Au niveau des sociétés privées, c’est le site internet d’Orange destiné au concours des jeunes entrepreneurs qui est forcé par les pirates en 2016. 

Orange piraté en RDC


Les clients des banques ne sont pas en reste. Les hackers prélèvent des petits montants inférieurs à 100 dollars pour effectuer des achats sur Internet. Qu’il s’agisse d’acheter un logiciel, payer un abonnement à un service en ligne, ils ne se privent pas de se servir dans le système bancaire sans éveiller les soupçons. 

Certains se vantent même d’avoir été à la base de détournements massifs de fonds sur le système M-PESA de VodaCom, mais je n’ai pas pu en obtenir la preuve.

La modernité : un allié de taille
Les hackers congolais profitent de la popularisation de la technologie pour asseoir leur emprise et tisser discrètement leur toile. 

Zeus (nom d’emprunt) affirme par exemple être capable d’accéder sans trop d’efforts aux base-stations des opérateurs locaux. « Nous sommes devenus comme ça, car nous étions conscients qu’une fois rentré au pays, nous ne bénéficierions pas de beaucoup d’opportunités » dit-il. « Les sociétés et les utilisateurs sont d’une telle négligence, que je n’ai quasiment qu’à me baisser pour me servir. Je navigue gratuitement sur Internet, quand quelque chose me plaît sur Internet, je l’achète avec l’argent des autres ». 


Alors que l’attention des Congolais est orientée ailleurs, ce petit groupe, qui détient entre ses mains les clés de l’univers technologique, met discrètement en place sa propre République Démocratique Parallèle du Congo. 

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